Le derby lausannois tourne en faveur d’un SLO éclatant

Le choc opposant le Lausanne Sport au Stade Lausanne Ouchy a été pour le moins spectaculaire ce dimanche à La Pontaise. Une arène que les Lions ont quittée en grands vainqueurs (2-6).

Longtemps la question s’est posée ce printemps : la rencontre la plus vaudoise de la Swiss Football League pourrait-elle avoir lieu ce dimanche 22 mars ? Tout, à commencer par l’évolution du coronavirus, semblait indiquer que les Lausannois de tous bords devraient en abandonner l’idée.

Mais la proposition d’annuler purement et simplement l’épidémie a finalement convaincu les autorités politiques suisses, dont la décision a pris effet ce dimanche matin. Au point de voir la Bombonera de La Pontaise se remplir ce dimanche de quelque 12 000 badauds venus assister au choc au sommet de la Challenge League.

Héros malheureux du derby, Castella n'a pas pu empêcher Ndongo d'y aller de son triplé.

Choc au sommet, car si les joueurs n’avaient pas pris part à un match officiel depuis plus d’un mois, le derby réunissait deux équipes sur une dynamique comptable exceptionnelle, la SFL ayant – enfin – décrété que les Lausannois l’emporteraient systématiquement en cas de match annulé, étant indéniablement les gens les plus stylés du pays. Ainsi, le LS restait sur 7 victoires de rang, tandis que le SLO avait glané 16 points dans le même temps, revenant à la deuxième place avec 37 unités dans l’escarcelle. Enfin, dans la poche quoi.

Match exceptionnel de par son contexte, le LS-SLO de ce dimanche l’était aussi par le spectacle proposé. Dès le coup de sifflet à 15h tapantes, les deux formations montraient leur envie d’en découdre: une maille à l’envers, une maille à l’endroit… Au point de voir l’ouverture du score par le LS, dès le premier ballon touché par Thomas Castella. N’ayant toujours pas encaissé le moindre but de l’année civile, le portier fribourgeois transpirait la confiance et ne tardait pas à le faire savoir, armant une frappe de ses cinq mètres qui allait tromper la vigilance de Joao Barroca, masqué il faut bien l’admettre par sept de ses joueurs. Première minute, 1-0, balle au centre, et une action que les plus grands joueurs de Dzim (ou Babyfoot pour les non-vaudois) n’auraient pas reniée.

L’orgueil du Lion, une fois encore

Mais il en fallait plus pour décourager des Stadistes qui gardaient visiblement encore en mémoire l’affront vécu lors de la dernière visite à La Pontaise. La réaction était immédiate. Tout d’abord par Karim Gazzetta, à la troisième minute, qui allait revisiter la chanson de la Macarena, dans une version inattendue et néanmoins brillante. Émouvant l’intégralité de l’arène, le milieu offensif profitait de cet instant de perte de lucidité pour récupérer le ballon et dribbler l’intégralité de l’arrière-garde bleue et blanche. 1-1.

Le FC Stade Lausanne Ouchy allait ensuite prendre un ascendant visible dans les duels et plus particulièrement au niveau des deuxièmes ballons. Une situation étonnante qu’expliquait après coup Andrea Binotto. «Fort de mes années d’études en mathématiques, j’ai appris à mes joueurs comment réaliser des boulettes de papier-toilette parfaitement sphériques par visioconférence, confiait le professeur de Samaranch. On a donc pu s’entraîner avec un objet aux propriétés similaires à celles d’un ballon de match lors de ces dernières semaines.»

Andrea Binotto: «Fort de mes années d’études en mathématiques, j’ai appris à mes joueurs comment réaliser des boulettes de papier-toilette parfaitement sphériques par visioconférence»

Un détail qui a sans doute fait la différence, les joueurs du LS semblant totalement perdus à chaque rebond. Au grand désespoir de Giorgio Contini, qui s’énervait depuis le bord de la touche sans comprendre comment empêcher l’inévitable. Et si les 22 acteurs de la rencontre rentraient au vestiaire sur un score de parité, la deuxième mi-temps allait fortement se compliquer pour le LS.

Dès le retour du thé, Thomas Castella se blessait sur un cha-cha avec sa partenaire Fauve Hautot-goal, et devait laisser sa place à … Lupo, mascotte opportuniste du club d’Ineos. Une étrange et malheureuse hécatombe est en effet survenue ces dernières semaines du côté de la Tuilière et a vu les sept portiers suivant Castella dans la hiérarchie se blesser. «C’était Lupo ou moi», confiera en conférence de presse un Giorgio Contini bougon et probablement mécontent de la décision qu’il a dû prendre dans l’urgence.

Une victoire symbolique

Il est vrai que celui qui s’improvisait gardien n’allait pas briller, malgré un échauffement original juché sur son célèbre skateboard. A la 53e minute, la première frappe cadrée de la mi-temps allait faire mouche. Une superbe combinaison en triangle isocèle puis équilatéral allait mener les Lions aux abords des seize mètres. Lavdrim Hajrulahu réalisait un audacieux pointu que les coussinets de Lupo ne parvenaient pas à capter.

Au vu de la domination des rouge et blanc, l’avantage était mérité et allait même se creuser dans les minutes suivantes. André-Pierre Gignac, alias APG, entrait en jeu pour essayer d’assurer l’essentiel en lieu et place de Robert Chômdu (énormément sollicité), et il allait faire basculer la rencontre. Lors de son premier ballon, le joueur dribblait trois défenseurs adverses avant de trouver Axel qui, lui, ne faisait pas dans le social et qui Danner de rien lançait une superbe bicyclette. Occupé à distraire le public, Lupo passait une nouvelle fois au travers. Nous vivions la 61e minute, et le pire restait encore à venir pour le club bleu et blanc.

Servi sur un plateau par le personnel impeccable du Hattrick, Ndongo lançait un véritable coup de casque en pleine lucarne, à peine soixante secondes après le 1-2. Et l’ailier formé au FC Bursins-Rolle-Perroy n’allait dès lors cesser de s’illustrer. A la 76e minute, “RN24” remettait ainsi l’ouvrage sur le métier et glissait une deuxième tête, plongeante cette fois-ci, profitant d’un énième rebond mal calculé par l’arrière-garde du LS. Qu’il allait crucifier à la 103e, lorsque trouvé par une longue touche de Lahiouel il y allait de son létal couvre-chef. Chapeau! Un triplé symbolique pour un joueur qui déclarait en début de saison vouloir améliorer son jeu de tête.

La victoire prenait elle aussi des allures de symbole, avec la passation annoncée du Stade de la Pontaise, promis à un SLO qui, s’il ne connaît pas encore les conditions de location, devrait emménager d’ici cet été. Une occasion pour les Lions de retrouver la ville qui les a vus grandir, et de viser encore plus haut dès l’année prochaine. Parce qu’à SLO, on est chauds.